2026-05-12 – Table ronde interconfessionnelle à l’ESSEC

Monseigneur Laurent Ulrich, 142ᵉ archevêque de Paris (depuis 2022), a présidé la réouverture de Notre-Dame de Paris en décembre 2024. Portant pour devise « la joie de croire », il dirige un diocèse de plus de 100 paroisses et 500 collaborateurs.

Le professeur Sadek Beloucif, président du comité d’éthique et médical de la Grande Mosquée de Paris, chirurgien anesthésiste et professeur à la Sorbonne, spécialiste reconnu des questions de bioéthique et de fin de vie, représentait la Grande Mosquée en remplacement de son recteur.

Michaël Lévy, rabbin aumônier national des étudiants, diplômé de Reims Business School, ancien collaborateur de grandes institutions financières, formé rabbin à Jérusalem et à Londres. Il accompagne les étudiants juifs sur les campus et explore les liens entre judaïsme et écologie.


Les trois intervenants ont exprimé une foi vécue avant tout comme source de joie et de sens, non comme un système de contraintes.

Monseigneur Ulrich a rappelé que son choix sacerdotal était d’abord un choix de bonheur personnel, témoigné devant les autres.

Le rabbin Lévy a insisté sur la vocation de « connexion verticale » dans un monde hyperconnecté à l’horizontale : la foi comme dynamique qui donne sens au réseau humain.

Le professeur Beloucif a souligné la convergence théologique profonde des trois monothéismes, tout en distinguant leurs spécificités : l’islam rejoint Dieu par la transcendance directe, le christianisme passe par l’immanence de l’incarnation, le judaïsme offre le socle des patriarches communs.


Sur la laïcité, les trois voix ont été remarquablement unanimes : elle est une « chance », voire une « bénédiction » pour les minorités religieuses, à condition de ne pas dériver vers le « laïcisme » — une haine instrumentalisée des religions.

Le professeur Beloucif a distingué nettement : la laïcité s’impose aux agents de l’État, non aux usagers. Tous ont soutenu le principe « dina d’malkhuta dina » (la loi du pays est la loi, ancrage talmudique), et la nécessité pour les croyants d’être exemplaires dans le respect du droit commun, tout en pouvant exprimer leurs convictions dans le débat public.

Sur la fin de vie comme sur l’IVG, les religions ont vocation à être « entendues », sans pour autant dicter la loi. L’archevêque a rappelé que l’objection de conscience reste un droit reconnu dans la pratique républicaine.


Face au constat qu’une personne sur deux en France se déclare sans affiliation religieuse, les intervenants ont analysé les causes : la « déconstruction » moderne sans reconstruction, la tyrannie de l’instant et de la pensée simple, la concurrence des valeurs dites « modernes ».

Ils ont toutefois refusé l’équivalence athéisme = antireligion, et souligné que la très grande majorité des « sans religion » sont en réalité des agnostiques pratiques, ouverts à la quête spirituelle. Le doute a été présenté non comme un obstacle, mais comme constitutif de la foi.

Ils ont plaidé pour un enseignement des faits religieux à l’école publique, non pour proselytiser, mais pour vaincre l’ignorance qui alimente tensions et incompréhensions.


Les trois intervenants ont clairement séparé religion et politique. Le conflit israélo-palestinien a été décrit comme un conflit territorial, non religieux.

Sur les ultraorthodoxes en Israël, le rabbin Lévy a rappelé les contre-pouvoirs existants et le fonctionnement démocratique.

Sur la question de l’islam en France, le professeur Beloucif a rappelé que la charte de Paris (Grande Mosquée), élaborée sur trois ans, affirme explicitement la primauté de la loi du pays et la liberté individuelle en matière de pratique.

Monseigneur Ulrich a salué la cohérence du discours pontifical en faveur de la paix depuis 1914, citant Paul VI : « le développement des peuples est le nouveau nom de la paix ».

Tous ont mis en garde contre l’instrumentalisation de la religion par le pouvoir politique, qui dénature aussi bien le spirituel que le temporel.

Chaque intervenant a conclu sur une note d’unité : « ce qui nous réunit est plus fort que ce qui nous distingue » (Lévy) ; la foi comme annonce « d’autres voies pour vivre que celles de la domination et de la violence » (Ulrich) ; la conviction que « des chemins différents n’impliquent pas d’abandonner l’objectif de convergence » (Beloucif).

Cette table ronde, tenue dans un contexte de crispations interconfessionnelles en France, a démontré que le dialogue respectueux et éclairé entre traditions religieuses est non seulement possible, mais nécessaire — en particulier pour les jeunes générations appelées à le porter.